• Fredéric Dard

    Frédéric Dard

    Fredéric Dard

    C'est à Jailleu (Isère), qu'est né Frédéric Charles Antoine Dard, le 29 juin 1921. Il démarre assez mal dans la vie puisqu'il est né avec le bras gauche inerte, ce handicap fera de lui quelqu'un de très complexé. Son père, à la tête d'une entreprise de plomberie, chauffage fera faillite, ce qui poussera la famille Dard à déménager à Lyon. Élève moyen et mauvais en orthographe, il intégrera finalement une école de commerce à Lyon. Son attrait pour l'écriture, lui est venu très jeune. Il se plaisait même à dire : "J'écrivais avant de savoir écrire". Il se tournera donc vers le journalisme en commençant par le bas de l'échelle. Il commence par être simple coursier puis, secrétaire de rédaction et courtier en publicité, il écrit alors des billets d'humeur et des critiques littéraires. C'est en 1940 qu'il publie pour la première fois une nouvelle, La peuchère. (Aujourd'hui, un exemplaire original de cette nouvelle se négocie autour de 2000 €) Son premier roman, Monsieur Joss, sera publié l'année suivante, décrochant le prix Lugdunum qui lui assure alors une petite notoriété régionale. En 1942, il se mariera avec Odette, qui lui donnera deux enfants, Patrice et Elisabeth.

    Il gagne alors sa vie en écrivant des nouvelles et des livres pour enfant, bref il fait dans l'alimentaire. A la fin de la guerre, il montera, avec un imprimeur lyonnais, les éditions de Savoie qui se démarquera avec des éditions illustrés de grands classiques de la littérature française comme ceux de Balzac. En effet Frédéric Dard a l'amour de la littérature classique, il avouait avoir très peu le temps de lire, mais se plaisait à se faire au moins un grand classique par an. L'affaire marche plutôt bien et lui assure un certain confort financier qui lui donne le temps d'écrire. C'est dans ces années là, qu'il rencontre Georges Simenon. Ils travailleront ensemble sur le montage de pièces de théâtre. Le papa de Maigret lui préfacera même un des ses romans : Au massacre mondain. La notoriété commence à venir, le triomphe, même, avec l'adaptation d'un roman de Simenon, La neige était sale qui révélera l'acteur Daniel Gélin. Par contre George Simenon dénigrera publiquement le rôle de Frédéric Dard, le divorce sera alors consommé ! Il ne délaissera pas le théâtre pour autant, mais c'est avec Robert Hossein qu'il travaillera désormais. Selon une confidence de sa fille, Robert sera d'ailleurs son seul VRAI ami. Leur collaboration permettra entre autre de révéler, un jeune acteur : Roger Hanin, dans la pièce Les salauds vont en enfer.

    C'est sa femme qui lui donnera l'idée d'écrire un polar "à l'américaine", il écrira alors le tout premier San-Antonio ! Il a choisi ce pseudonyme en pointant le doigt au hasard sur une carte des Etats-Unis, et c'est la ville du Texas qui sortira. Son fils confiera même qu'il a failli ne pas retenir ce pseudonyme, car il ne faisait pas tellement américain. Frédéric Dard lui a juste ajouté un trait d'union pour franciser un peu le mot et se l'approprier. (Attention il ne faut surtout pas l'oublier ce trait d'union, l'auteur y tenait beaucoup, il était même assez susceptible par rapport à cela) C'est donc en 1949 que sortira Réglez lui son compte ! Publié à seulement 500 exemplaires, ce livre fera un véritable bide ! C'est Jean Bruce, le papa d'OSS 117, qui en découvrant par hasard ce livre, le fera lire à Armand de Caro, le directeur des éditions Fleuve noir. Ce dernier lui commandera un second volet de San-Antonio. Laissez tomber la fille est né et avec lui l'une des plus grande saga de la littérature Française !

    Ce deuxième tome est en effet un véritable succès ! Désormais Frédéric Dard va pouvoir se consacrer de plus en plus à l'écriture. Et pour écrire, il va écrire ! Véritable drogué à l'écriture, c'est un bourreau de travail, il écrit tout le temps ! Il gardait toujours en tête cette maxime apprise par son père : "Il n'y a que deux choses qui vaillent le coup dans la vie : Le sexe et le boulot !". Il s'impose d'écrire au minimum, trois pages par jour. Sa fille confiera qu'il était capable de rester trois jours sans prononcer le moindre mot, même à son entourage tellement il était plongé dans son travail. Il était tellement obsédé par l'écriture que même quand il écrivait à sa famille, il romançait tout. Il a tellement eu de pseudonymes différents et a tellement publié, qu'il est extrêmement difficile de vouloir quantifier son oeuvre. Dans les débuts de San-Antonio, il considère cette saga comme uniquement alimentaire, et espère toujours écrire "un grand roman" sous son vrai nom. Il écrit alors environ un roman sous son vrai nom pour trois San-Antonio. Boudés, voire même incendiés par les critiques et le mondes littéraires, le succès populaire de San-Antonio est total et les ventes s'envolent ! Dans le même temps les romans de Frédéric Dard se vendent tout aussi bien, et commencent à trouver grâce auprès de la critique. Certains le comparent même à Louis Ferdinand Céline ! (Il devait en être extrêmement flatté car il vouait une admiration absolu à l'oeuvre de Céline, alors qu'il détestait l'homme notoirement antisémite. Il déclarera que pour lui Mort à crédit est Le chef d'oeuvre du XX ème siècle) C'est Jean Cocteau qui le premier du monde littéraire qui reconnaîtra son talent, il dira : "Votre vermotisme est une merveille de grâce". Plus tard Jean Dutour essayera même de le faire rentrer à L'académie Française. Frédéric Dard a toujours dit qu'il n'était pas intéresse et c'est d'ailleurs toujours assez largement moqué de cette institution dans ses livres. Personnellement j'ai toujours ressenti ces railleries comme une frustration de n'y être jamais rentré.

    C'est en 1965 que son succès atteindra son apogée, avec L'histoire de France vue par San-antonio, qui sera la meilleure vente de l'année en France avec 350 000 exemplaires vendus !!! Au total, ce Hors-Collection de San-Antonio dépasse le million d'exemplaire vendus !!! C'est à cette période également que les chiffres de ventes des San-Antonio dépasseront ceux des Frédéric Dard. San-Antonio finira par éclipser complètement Frédéric Dard ; il sera même obligé d'obtenir de l'administration française qu'elle appose "dit San-Antonio" sur son passeport, ce qu'il obtiendra. Fort des ces succès Frédéric même la grande vie et dépense à tout va. La sortie d'un nouveau San-Antonio est toujours un événement ; la sortie Du standinge selon Bérurier sera lancée en grandes pompes chez Maxim's ! Quand on connait le contenu de l'oeuvre on se rends compte du sens de l'humour et du pied de nez du bonhomme ! Les aventures de San-Antonio commencent même à s'exporter puisqu'elles sont traduite en italien, en japonais, en danois, en grec, en anglais, en finnois ... Bref succès total et absolu ; seulement Frédéric commence à péter un câble et finis même carrément par se pendre. Il ne sera sauvé que de justesse et sombrera tout de même plusieurs heures dans le coma !  

    Cette alerte le fera réagir, il commencera par divorcer. En 1968 il se remariera avec Françoise Caro, la fille du fondateur des éditions Fleuve noir. De cette nouvelle union naîtra Joséphine en 1970, et le couple adoptera la même année le petit Abdel, un tunisien handicapé. Il fera alors bâtir le somptueux chalet San-Antonio dans la très huppée villa de Gstaad. Las des mondanité et de la sphère médiatique, il revendra cette dernière pour s'installer dans la plus modeste ville de Bonnefontaine, toujours en Suisse. Il se concentrera alors sur la chose la plus importante à ses yeux, sa famille et se laissera porter par sa vocation artistique contrarié, la peinture. C'est 1983 que surviendra le drame de sa vie !

    Sa fille, Joséphine est enlevée par le cadreur d'une émission de télé venu chez lui pour l'interviewer. Il s’acquittera d'une rançon de 2 millions de francs suisse pour la revoir. Pied de nez du destin, San-Antonio était en train d'achever son roman Faut-il tuer les petits garçon qui ont les mains sur les hanches où il est justement question de l'enlèvement d'une enfant. Le malfaiteur sera arrêté le mois suivant et la rançon sera restituée mais il ne se remettra jamais totalement de ce drame.

     En 1993, il sera le premier écrivain français à avoir un dictionnaire qui lui soit entièrement consacré. Cet ouvrage regroupe toute les citations bons mots qu'il a écrit, mais également tous les mots ou néologismes qu'il a inventé ou détourné de langue française ou de l'argot. Il continuera à écrire à un rythme de 4 romans par an, jusqu'à ce qu'il passe le relais à son fils Patrice pour que San-Antonio continue à vivre. La rumeur veut d'ailleurs que son dernier roman Céréales-killer ait été écrit à quatre mains avec son fils. Un très bon ami à moi, malheureusement trop tôt disparu, m'affirmait déceler, dans le livre le moment où Patrice Dard a réellement pris le relais ; personnellement je ne l'ai absolument pas remarqué. C'est donc le 6 juin 2000 que le papa de San-Antonio s'éteindra, il réside désormais boulevard des allongés à Saint-Chef en Dauphiné, son village natal. Ces derniers mots auraient été :

    AIMEZ VOUS !

     

    Frédéric Dard restera un des auteurs les plus prolifiques de la littérature Française, avec pour les seuls romans signés San-Antonio, 200 livres pour plus de 220 millions d'exemplaires vendus. C'est un auteur qui souffre de beaucoup de préjugés et de dédain, on l'a beaucoup trop souvent catalogué, politiquement notament, en le disant de droite, parce qu'il prônait la méritocratie ; il a pourtant signé le registre de condoléance de Georges marchais et vouait une véritable admiration à François Mitterand en tant qu'homme alors même qu'il l'a sérieusement égratigné dans ses romans comme dans Après vous, s'il en reste monsieur le président. Il souffrait aussi de son image franchouillarde, chose qu'il assumait d'ailleurs très bien, il disait : " Bérurier, c'est mon côté franchouillard, c'est la France que je connais, que j'ai connue. C'est tellement vrai qu'à tout moment on me dit : votre Béru, c'est bienUntel ou Tel autre ? Tout le monde a son Bérurier en réserve ! " J'ai personnellement toujours vu Fréderic Dard, à travers les presque 100 bouquins que j'ai lu comme un grand humaniste, je toujours également ressenti Antoine San-Antonio comme l'homme qu'il aurait rêvé être.

    J'ai appris beaucoup de choses sur lui en faisant ce modeste travail de recherche, nottament que Frédéric Dard était un grand pessimiste et un grand stressé, alors même que je l'imaginais rigolant tout le temps; Il était également plutôt obsédé par la mort et broyait souvent du noir. Il avait d'ailleurs réservé sa concession mortuaire et fais érigé sa stèle bien avant d'en avoir besoin, il n'avait pousser jusqu'à rédiger son propre épitaphe, mais tenais absolument à ce que San-Antonio y figure.

    Il disait toujours : "puisqu'on est tous amené à finir dans un  trou, pourvu qu'il y ait du poil autour !"

    Quelques citations passées à la postérité :

    " - L'amour, ça ne se dit pas d'abords, ça se fait ! "

    " - La chasse aux cons est un safari sans espoir. "

    " - L'intelligence, c'est la tolérance. Elle ne doit s'insurger que contre la connerie ! "

    " - Le con ne perds jamais son temps, il perd celui des autres."

    " - La langue française à été inventée pour écrire l'amour, comme les français pour le faire."

     

    J'ai rédigé ce billet en pensant en permanence à toi, Eric, toi le meilleur ami de Papa, qui était devenu bien plus que ça pour nous tous. Toi, le fan inconsidéré de San-Antonio ; toi qui, un peu plus que les autres était Bérurier ; toi enfin qui m'a refilé ce virus dont je serais bien incapable de me défaire. Qu'est ce que ton rire et ta gouaille peuvent nous manquer ! Toi qui me regarde de là haut ; Salut !

    Ce billet que vous trouverez sans doute interminable, et que n'aurez sûrement lu qu'en diagonale

    a été écrit, pour l'équipe cœur dans le cadre du challenge :

    Le défi des 4 as

     

    Sources : Wikipédia ; La face caché de Frédéric Dard publié sur Lefigaro.fr ; La vie trépidante de Frédéric Dard, dit San-Antonio publié sur l'express.fr ; les archives télévisuelles de ina.fr ; ainsi que les quelques 100 San-Antonio que j'ai lu jusqu'à présent.

     


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  • Commentaires

    1
    Licorne
    Jeudi 29 Décembre 2016 à 08:21

    Pas à la hauteur tu disais !  .... Un sacré bel hommage que  tu lui rends !

      • Jeudi 29 Décembre 2016 à 16:57

        Merci beaucouLili, et pourtant, j'ai l'impression d'avoir oublié tellement de truc ...

        bon place à la deuxième partie de cession, je ne te promet pas que mon anecdote de Noël soit aussi longue xD

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